ID Sein

Le dépistage du cancer du sein par examen anatomopathologique

C’est le médecin pathologiste qui confirme le diagnostic de cancer du sein et précise les caractéristiques de la tumeur. Il établit une véritable « carte d’identité » du cancer, primordiale pour les choix thérapeutiques.

Le médecin pathologiste débute par un examen macroscopique, c’est-à-dire à l’œil nu. Le prélèvement est recouvert d’encre indélébile afin de pouvoir identifier sur les lames les bords de l’échantillon. Il mesure la taille de la tumeur et la distance par rapport aux limites d’exérèse (la marge d’exérèse). Le fragment de tissu est ensuite découpé en tranches ultrafines, qui sont déposées sur des lames de verre et colorées par différents produits chimiques. Le pathologiste analyse ces lames au microscope et établit un diagnostic.

Du tissu est conservé pour pouvoir répondre à d’éventuelles questions qui se poseraient à l’avenir.

examen anatomopatholique

Ce que voit l’anatomopathologiste

analyse macroscopique de la tumeur

1. Analyse macroscopique de la tumeur (pendant l’intervention)

  • Taille de la tumeur
  • Mesure des marges d’exérèse

2. Analyse définitive de la tumeur

  • Confirmation de la taille
  • Confirmation des marges d’exérèse

L’analyse des marges de la tumeur

Lorsque toute la tumeur est enlevée (tumorectomie), le pathologiste analyse ses bords (appelés « berges d’exérèse ») pour déterminer si le cancer a atteint le bord du prélèvement ou pas.

  • Si le cancer est trop proche des bords, on peut craindre qu’il reste des cellules tumorales dans le sein, et il peut être nécessaire d’intervenir de nouveau (reprise chirurgicale).
  • Si le cancer ne touche pas les berges, le pathologiste mesure la distance de tissu sain entourant le cancer – c’est la marge de sécurité.
marges de la tumeur

Cancer in situ ou cancer infiltrant

Le sein est composé de cellules qui s’organisent en canaux galactophores et en lobules. Ces deux éléments sont séparés du tissu de soutien (le tissu conjonctif) par une membrane dite basale.

Les cancers du sein surviennent surtout dans les canaux galactophores et les lobules.

canaux galactophores et lobules
Anatomie du sein
  • Si la membrane basale n’est pas franchie par les cellules tumorales, le cancer est dit « in situ », et on parle de carcinome in situ. Si les cellules se trouvent dans les canaux, il s’agit d’un carcinome canalaire in situ (CCIS), tandis que si le cancer a pris naissance dans les lobules, c’est un carcinome lobulaire in situ (CLIS). Les carcinomes lobulaires in situ ne sont pas considérés comme des cancers mais comme des lésions qui pourraient devenir cancéreuses.
  • Le cancer est dit invasif ou encore infiltrant lorsque les cellules tumorales ont franchi la membrane basale. Environ 80% des cancers infiltrants sont des cancers canalaires, et 15% sont des cancers lobulaires. Les 5% restants correspondent à des formes rares de cancer du sein.
    En cas de cancer infiltrant, l’anatomopathologiste examine aussi les tissus situés autour de la tumeur pour rechercher d’éventuelles cellules malignes dans la graisse, les vaisseaux sanguins et les canaux lymphatiques.

L’analyse des cellules tumorales

Selon la ressemblance des cellules tumorales avec des cellules normales du sein, l’Anatomo pathologie définit s’il s’agit d’un cancer différencié ou indifférencié. Plus une cellule cancéreuse ressemble à une cellule normale, plus elle est dite différenciée (elle possède des caractéristiques proches de celles de la cellule normale du sein), et moins elle est agressive.

En fonction de ce critère et d’autres observations, le pathologiste définit le grade du cancer (appelé grade « histo-pronostique d’Elston-Ellis »).

  • Grade I : la tumeur est peu agressive.
  • Grade II : la tumeur est de grade intermédiaire (entre le I et le III).
  • Grade III : la tumeur est agressive.

La détermination des marqueurs biologiques

L’Anatomo pathologierecherche également la présence de marqueurs biologiques (biomarqueurs) à la surface des cellules cancéreuses. Ce sont des caractéristiques biologiques de la cellule, dont l’identification permet, entre autres, de déterminer le traitement le plus adapté à la patiente.

  • La détermination des récepteurs hormonaux. Si la cellule cancéreuse a récepteurs hormonaux aux œstrogènes et/ou à la progestérone, la tumeur est dite hormonosensible. Un traitement approprié (hormonothérapie) sera alors proposé.
hormonotherapie
  • La détermination du statut HER2. Cette protéine intervient dans la prolifération cellulaire. En cas de surexpression de HER2 (trop grande quantité de cette protéine sur les cellules cancéreuses), un traitement postopératoire spécifique est administré : le trastuzumab, dont le nom commercial est Herceptin®. On parle de « thérapie ciblée » car ce médicament agit sélectivement sur les cellules cancéreuses porteuses du récepteur.
  • La mesure de l’index de la protéine Ki67. Cette protéine est un marqueur de prolifération cellulaire. Comme pour les autres biomarqueurs, son étude permet de caractériser la cellule, et peut aider au choix de la meilleure stratégie thérapeutique.

Le diagnostic final

Le compte-rendu Anatomo pathologie final permet au médecin anatomopathologiste de résumer ce qu’il a vu et d’établir un diagnostic sur :

  • la taille de la tumeur ;
  • la marge de sécurité (le chirurgien a-t-il enlevé assez de tissus autour de la zone cancéreuse ?) ;
  • le type de la tumeur (canalaire ou lobulaire) ;
  • la présence ou non d’une invasion : cancer non infiltrant (in situ) ou infiltrant ;
  • le grade du cancer, ou grade histo-pronostique ;
  • la présence ou l’absence de récepteurs hormonaux, avec le pourcentage de cellules qui présentent des récepteurs hormonaux ;
  • le statut HER2 (surexpression ou pas) ;
  • l’index Ki67 pour préciser la vitesse de division des cellules cancéreuses.

Les conclusions de l’examen histologique constituent l’identité du cancer. Elles sont fondamentales pour le choix des traitements.

compte-rendu anatomopathologique