Témoignage d’une patiente – ISABELLE CARBILLET, opérée d’un cancer du sein en 2015

Entretien en juillet 2018

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Découvrez le témoignage d'une patiente opérée du cancer du sein | Paris | L'Institut Du Sein

J’ai eu effectivement cet accident il y a deux ans, un petit accident de la vie on va dire… Je travaille actuellement dans l’immobilier, j’ai changé complètement de carrière professionnelle, j’ai tourné beaucoup de choses dans ma vie suite à cette expérience médicale. Donc, je suis là pour témoigner, si cela pouvait aider surtout les femmes à passer ce cap, qui est peut-être pas facile, mais qu’on surmonte.

LA DÉCOUVERTE DU CANCER

C’était lors d’un contrôle, parce que ma grand-mère a eu la même chose au même âge… Ce qui était rassurant pour moi, c’est qu’elle a vécu quand même avec, elle a été soignée, et elle est décédée d’une autre mort et à 96 ans.
D’un seul coup votre vie change, bascule, il faut prendre des décisions, il faut aller vite. C’est difficile moralement, on se dit « pourquoi moi, pourquoi ça ? ». En plus cette maladie est très sournoise parce qu’elle ne fait pas mal, on ne la sent pas… Donc c’est compliqué à accepter. Moi, j’ai eu beaucoup de mal à l’accepter, parce que je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, j’avais pas mal, j’avais rien. Et puis d’un seul coup, on vous dit : « on risque de vous enlever le sein », donc votre vie bascule un petit peu quand même. Parce que le cancer c’est quand même pas anodin, il y a des personnes qui malheureusement ne s’en sortent pas.

LE CHOIX DU TRAITEMENT

Ça a été très compliqué pour moi parce que ma gynéco m’avait rassurée… Quand je l’ai vu la première fois, le chirurgien me dit : « Bon écoutez, vu votre état, je pense qu’on va faire une ablation. » Et là je ne m’attendais absolument pas à ça, ça a été terrible ! Vous perdez de votre féminité aussi.

Et d’un seul coup mes oreilles se sont fermées ! Je pense que c’est important d’être assisté lors des entretiens, d’avoir quelqu’un à côté de nous, un proche, son mari, sa famille, quelqu’un pour écouter ce que nous, on n’entend plus, parce que d’un seul coup, ça se ferme ! On se ferme, on n’entend plus. On entend que les choses négatives, les mots qui font mal, et pas les mots forcément qui rassurent… Et donc je lui ai dit : « Mais attendez, c’est pas possible ! On m’avait pas dit ça ! On m’avait dit que c’était pas très grave, une tumorectomie suffisait…! » Et là, comme j’ai un petit sein et que j’avais trois tumeurs, il me dit : « Ça risque d’être compliqué. » Il m’a conseillé d’aller voir une de ses consœurs pour avoir un autre avis, et effectivement sa consœur m’a dit : « il faut essayer ». Donc on a fait un pari tous les deux, on a dit : « On essaye, on fait la tumorectomie, on voit les résultats, et si les résultats sont mauvais, on fait l’ablation, si les résultats sont bons, on continue le processus, et là c’est radiothérapie et tout le tralala. » Donc, j’ai pas pris le chemin le plus facile, mais j’ai pris le chemin qui me semblait le plus facile à supporter psychologiquement et pour ma vie, quoi !

Le Docteur Clough a fait le nécessaire, il a fait du très bon boulot, il a pris de la matière en haut, il l’a redescendue en bas, pour éviter qu’il y ait trop de déséquilibre, il a sauvé mon décolleté, c’est ma plus grande fierté, quand je peux mettre un décolleté, waooow !! Je suis trop contente [rires] parce que je suis comme les autres, même si j’ai été touchée par la maladie et si on m’a enlevé une partie du sein, j’ai gardé ma féminité.

LES MOTS QUI ADOUCISSENT

Tout le corps médical a été au top ! J’étais assez surprise justement de voir comment on est entouré. Et c’est vrai que c’est difficile, c’est une étape à passer dans sa vie. Moi ça va, c’est parce que ça n’a duré que 6 mois, parce que ça s’est bien passé, parce que je n’ai pas eu de chimiothérapie, c’est pas aussi compliqué que certaines femmes, qui traversent des choses beaucoup plus difficiles quand même !

J’ai été assez surprise de voir que l’équipe médicale avait toujours le sourire, la banane, les mots gentils, les mots rassurants. Le suivi, sincèrement, c’est quelque chose qui m’a permis de surmonter l’épreuve, c’est sûr.
Quand j’arrivais à la radiothérapie, j’arrivais toujours avec le sourire le matin parce que j’y allais très tôt, parce que je travaillais, que je continuais quand même à travailler, puis il y avait un monsieur qui me disait : « Ah ! Bonjour ma princesse ! Comment ça va aujourd’hui ? » Donc c’était des petits mots comme ça qui font que vous vous sentez bien, parce que vous passez quand même par des choses un petit peu compliquées !…. Et puis ce ne sont pas des gens qui s’apitoient sur votre sort. C’est ça qui est bien aussi. Parce qu’ils en voient aussi tous les jours !

Ils nous donnent les mots, la force, l’énergie. Mais de toutes façons, quoi qu’il arrive, même si on est extrêmement bien entourée, on est seule face à tout ça. On est seule face à la maladie. Seule à se dire : « Voilà, j’ai un souci, il faut que j’arrive à le combattre. » Même si on est extrêmement bien entourée.

TRAVAILLER

L’oncologue me grondait parce que je travaillais pendant ma radiothérapie, il me disait : « Attention, attention, vous allez être fatiguée ». « Mais non, ça va, ne vous inquiétez pas, y’a pas de soucis!  » Donc j’allais faire ma radiothérapie le matin, j’enchaînais mon travail après, et ça me permettait aussi psychologiquement de ne pas m’apitoyer sur mon sort, c’était bien ! C’était bien que j’aille travailler.

Et effectivement j’ai eu la fatigue après. Et en plus dans mon travail, ça a été compliqué et à un moment, le médecin m’a dit : « Stop ! Vous arrêtez. » Au mois de décembre, il m’a dit : « Vous arrêtez tout et vous allez vous reposer, vous allez penser à vous. » Effectivement j’ai énormément tiré sur la ficelle. J’avais complètement déchargé les batteries, et là le médecin m’a dit : « Stop. »

Donc, ça c’est important aussi, c’est quelque chose que j’ai appris dans la maladie, savoir s’écouter quand on est fatigué, savoir se poser, se reposer un petit quart d’heure, une demie heure, mais s’écouter. Stop. J’arrête, je ne vais pas plus loin. J’écoute mon corps, je me repose. Le fait de travailler c’était : je ne suis pas malade, je m’assume. C’était oublier ma maladie.

LES MÉDECINES PARALLÈLES

La sophrologie m’a aidée à passer des étapes. C’est sûr. A être plus sage entre guillemets, à accepter les choses, ne pas mettre de la colère, savoir gérer la colère, parce qu’on est un peu en colère quand même aussi contre cette maladie. Donc savoir gérer la colère, savoir l’affronter.

Vous sentez un intrus en vous. Vous le sentez parce qu’il est sournois. Donc oui effectivement, c’est une bataille. C’est une bataille, dire : non, non, non, tu m’auras pas. Je t’aurai.

LA FIN DU TRAITEMENT

Alors le plus compliqué, je vais vous dire, c’est : vous êtes entouré pendant six mois, et d’un seul coup, on vous dit : « Dernier rendez-vous avec l’oncologue », on fait un petit bilan de tout, on me dit: « rendez-vous dans un an », je fais : « Comment ça ? » « Oui vous allez être contrôlée, votre gynéco va vous contrôler, votre chirurgien va vous contrôler, dans six mois ». Et d’un seul coup, vous êtes lâchée ! Et c’est ça qui est le plus compliqué à vrai dire. C’est l’après.

C’est l’après à gérer parce que vous avez un petit peu peur, vous savez pas trop ! Pendant six mois, vous êtes entourée, vous avez besoin d’un conseil, vous avez quelqu’un qui vous répond, puis d’un seul coup vous avez quelqu’un qui vous dit : « Allez, ciao, rendez-vous dans six mois » ou dans un an, selon les médecins. Ça, c’est compliqué.

EN PARLER OU PAS ?

Je ne voulais pas qu’on me regarde différemment. Quand vous annoncez à quelqu’un que vous avez un cancer du sein, vous savez ce que les personnes font en premier ? Ils regardent vos seins….

Moi, je sais que je ne voulais pas en parler. J’en parlais très peu, j’avais interdit à mes filles d’en parler parce que je voulais pas – c’était pas une honte, pas du tout – je voulais pas que les gens s’apitoient sur mon sort, à dire : « Oh ma pauvre… » Je n’avais pas envie de ça. J’avais envie de gérer cette étape, je l’ai seulement dit aux personnes de ma famille, mes amis qui m’entourent, mes proches, c’était très limité. Maintenant j’en parle de temps en temps, quand j’entends des personnes qui ont un souci comme ça. Je leur dis : « J’ai traversé cette épreuve là, vous pouvez le faire. »

UNE CAUSE AU CANCER ?

J’ai eu des épreuves dans ma vie qui ont été assez compliquées et je pense que mon corps un jour a payé ça. Ça, j’en suis sûre. Indépendamment justement de mon problème héréditaire, je pense que oui. A un moment, le corps a appris des mauvaises choses.

Mon divorce a été très compliqué, j’ai élevé seule mes enfants, ça a été lourd – ça a duré sept ans – j’étais officiellement divorcée en 2014, et on a découvert mon cancer en 2015. Donc, je pense qu’il y a une relation à tout ça.
C’est ça qui est compliqué aussi, c’est qu’on ne sait pas d’où vient cette maladie. Ça peut-être héréditaire, ça peut être effectivement les parcours difficiles que j’ai traversés, ça peut des choses alimentaires, ça peut être plein de choses. On ne sait pas ! Parce que si on savait ce qui nous arrive, on se dirait aujourd’hui : non, je peux pas prendre ça, je veux, peux pas prendre ça, parce que j’ai un risque. Aujourd’hui on ne sait pas !

APRÈS LA MALADIE

Déjà j’étais très épicurienne, mais je crois qu’on le devient encore plus !
J’ai toujours gardé mon côté positif, j’ai toujours avancé dans la vie, ça n’a rien changé. Moi, oui j’ai changé. J’ai changé parce que je vois la vie différemment. Je ne m’ennuie plus avec des choses, j’avance, je relativise. Quand j’entends quelqu’un qui se plaint pour un petit bobo, effectivement, ça m’énerve on va dire. Voilà, on passe à autre chose.

Vous essayez de réaliser vos rêves. Moi j’ai appris à jouer du piano parce que c’est un rêve que j’avais depuis longtemps. De prendre le temps de faire les choses, de donner de l’amour aux gens que vous aimez, je ne me projette plus, je vis au jour le jour, je profite de la vie.

CONSEIL À UN CANCÉROLOGUE

Un patient a besoin que qu’on lui dise la vérité, que le médecin soit franc, qu’il dise la vérité, mais sans que ça soit brutal non plus, mettre les formes, répéter plusieurs fois les choses ; à partir du moment où on nous annonce quelque chose qui est quand même assez dur quand même à digérer, on n’entend plus.

Par exemple je connais quelqu’un qui, quand elle a découvert son cancer, quand elle a eu son rendez-vous avez le médecin, je lui fais : « Et il t’a dit ça, il t’a dit ça ? » Et elle me dit : « Je sais pas, je ne me souviens pas. » Je lui ai dit : « Il t’a parlé, il t’a dit l’intervention, ce que tu allais avoir ? Si c’était une ablation ? » « Je sais plus. Je sais plus.  » Vous voyez ? C’est ça. On est un petit peu perdue, donc il faut surtout que le médecin explique bien les choses, et surtout les explique à la personne qui est à côté pour que la personne puisse redire les choses derrière.

CONSEIL A UNE FEMME QUI DÉCOUVRE UN CANCER DU SEIN

Le premier conseil c’est déjà de se faire contrôler régulièrement avant.. J’ai une amie, je lui fais la guerre. Si un jour elle voit cette interview, elle va se reconnaître, je lui fais la guerre tous les jours, je lui dis : « Va faire ton contrôle. » « Oui, oui, je vais faire mon contrôle », « Va faire ton contrôle, c’est important ». Donc déjà, se faire contrôler. Tôt, ça permet si on découvre justement cette maladie, de pouvoir la soigner le plus tôt possible. Deuxième étape : c’est de se dire il y a toujours de l’espoir. Quoi qu’il arrive, il faut garder l’espoir.

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